ART ROCK 2009
28-29-30-31 MAI SAINT-BRIEUC / COTES D'ARMOR
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Carte Blanche à Troy Henriksen

Troy Henriksen

Première rétrospective en France de Troy Henriksen : Art Rock inaugure cette année un nouveau lieu pour le festival, bien connu des briochins. L'ancien Monoprix, à l'angle de la place de la Résistance et du Village du festival, devient galerie et accueille une exposition de cet artiste américain

 

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Le bâtiment, fermé depuis quelques mois, rouvre exceptionnellement ses portes au public pour l'un des temps forts de cette édition. Une Carte Blanche offerte à Troy Henriksen autour d'un lieu clef du centre ville, espace de vie et de passage pendant des décennies, à découvrir sous un nouveau jour.

A l’occasion de sa 27ème édition, le festival Art Rock présente les Å“uvres de l’artiste Troy Henriksen. Il s’agit de la première rétrospective en France du peintre américain. Dans un espace dédié - une galerie de 1000m2 en plein cÅ“ur du festival - seront accrochées cinquante Å“uvres - tableaux, dessins, collages, altuglas - qui couvrent la période de 1998 à 2010.

Cette rétrospective de Troy Henriksen est un événement unique : ces Å“uvres n’ont jamais pu être exposées ensemble puisqu’elles proviennent majoritairement de collections privées. C’est donc un accrochage inédit ouvert au public jusqu’au 18 juin.
Cette exposition permettra au public de connaître un artiste singulier et très apprécié, qui a choisi la France comme pays d’adoption et Arthur Rimbaud comme idéal poétique.

Troy Henriksen est représenté par la Galerie W à Paris.

« HOW IT WORKS »

Troy Henriksen descend d’une longue lignée de pêcheurs. Norvégiens.
Lui aussi, comme ses ancêtres, est parti en mer tout jeune. Il a connu la vie rude de la pêche en haute mer, a vu d’impressionnantes vagues de quinze mètres, des cieux d’étoiles à couper le souffle, et même quelques aurores boréales. Cette vie aurait presque pu lui convenir : la fatigue, le froid, le danger, l’adrénaline et une certaine forme de solitude virile étaient ses points de repère. Ses brefs retours sur terre ferme étaient un peu sa perdition : les bars, les filles, l’alcool, les drogues…Troy s’enivrait et se perdait. Repartir en mer devenait sa façon à lui d’entrer en « rehab ».
De l’art en général, et de la peinture en particulier, il ne connaissait rien. Sinon son goût instinctif pour les couleurs et son besoin presque viscéral de dessiner : il ne savait même pas qu’il aurait pu en faire un métier.

Sa vie de pêcheur se termine le jour où il retrouve un bidon de peinture jaune abandonné dans un coin : le marin arrête de sillonner l’océan pour aller naviguer dans les villes et sur les toiles.
Ca ne s’est pas fait en un jour : Troy avait trop de démons à exorciser et trop soif d’apprendre avant de pouvoir entrer dans une galerie d’art et montrer son travail. Justement, avant il lui fallait soigner ses addictions et déverser sur des toiles ce maelström d’émotions accumulées pendant les premiers 28 ans de sa vie.
Quand - à la fin des années 80 dans son appartement de Boston - il commence à peindre et à dessiner il ne sait pas que dans les grands galeries de New York a émergée une nouvelle génération de peintres qui tourne le dos au minimalisme et à l’art conceptuel. L’art américain est entré dans le Néo-Expressionisme, tandis qu’à Paris on parle de Figuration Libre. Mais peu importent les étiquettes, Troy n’est pas en quête d’un courant, ni d’une filiation. Lui, il cherche à restituer sur une toile sa vision poétique de la vie et du monde qui l’entoure.

Quand il arrive à Paris, en 1997, il rencontre Eric Landau, son futur galeriste et mentor. Comme il l’a raconté dans son livre autobiographique « New Man New Identity » (Editions Critères, 2009) Troy commence une nouvelle vie en France. Eric Landau le conseille et l’aide à établir sa carrière artistique.
Au fil des ans, si Troy reste volontiers sur la terre ferme - et plus particulièrement le périmètre vallonné de Montmartre - ses œuvres naviguent aux quatre coins du monde, où elles vont se placer sur les murs de grands collectionneurs, séduits par un travail difficilement classable, mais facilement reconnaissable.
C’est là tout l’intérêt de l’Å“uvre de Troy : le spectateur est obligé de regarder chaque tableau de loin, puis de près, puis de regarder encore. Et découvrir ainsi un nouvel élément, une nouvelle émotion à chaque regard.
De prime abord ce sont des toiles qui parlent à travers la couleur. Elles fascinent, elles interpellent le spectateur. Elles nous renvoient à l’imaginaire de l’enfance quand le ciel pouvait être rouge et les routes jaunes. Les immeubles pas tout à fait droits et les fraises forcément géantes. Troy peintre naïf ? Pas vraiment. Plutôt un peintre poète qui se permet de jouer avec la grammaire des couleurs et des proportions. Puis viennent les mots, autre élément clé de l’Å“uvre de Troy, qui n’a jamais caché sa dyslexie. Parfois juste une courte phrase, un jeu de mot. D’autres fois le texte occupe toute la toile, une écriture tâtonne, avec des raturages, des inversions de lettres et des pensées drôles, lumineuses, joyeuses. Cette écriture est un élément graphique, c’est une couleur mais aussi un message : la signature de Troy.
Troy travaille à l’instinct et dans l’instant, en mélangeant sur la toile la rapidité du street-art avec la tradition de la figuration libre. Dans sa vie de pêcheur la mer était son territoire et son horizon. Dans sa nouvelle vie - et donc dans ses toiles - ce sont les skylines des villes à définir son horizon très urbain.

Derrière sa poésie il y a toujours une réaction au monde qui l’entoure. Sensible à l’air du temps mais aussi aux grands sujets de l’époque, Troy codifie son univers en y parsemant des symboles : quand sur ses tableaux on voit apparaître des fleurs et des oiseaux, il nous parle d’écologie ; quand dessine des usines posées sur du sable, il nous met en garde sur l’imminence d’une crise financière.
Contrairement à d‘autres artistes - et c’est peut-être là un des points les plus fascinants - l’Å“uvre de Troy ne s’inscrit pas dans un parcours linéaire où l’on pourrait deviner quelles sont les Å“uvres de jeunesse et celles de la maturité. Son trait est toujours sûr, l’usage de la couleur toujours maîtrisé, ses dessins toujours complexes. Il est un dessinateur hors pair, et il l’a toujours été. On regarde donc « à » son Å“uvre comme à une fenêtre sur le monde, on pourrait dater ses tableaux en fonction des grands et petits événements qui marquent la société : qu’il s’agisse du 11 septembre, de la crise financière, du réchauffement climatique ou tout simplement de l’augmentation du prix des fruits et des légumes.

Comme nombre d’artistes contemporains, Troy est autoréférentiel dans son travail, sans pour autant tomber dans un nombrilisme stérile. C’est juste son extrême sensibilité au monde qui le pousse à réagir à toute nouvelle émotion ou découverte. Comme s’il tenait un journal de bord et - quotidiennement - il y laissait des traces de son vécu.
C’est un journal qu’il remplit de façon presque compulsive : un jour c’est un simple dessin, le lendemain un collage retravaillé, le jour d’après une grande toile peinte à l’acrylique qui déborde de couleurs flamboyantes. A chaque jour, une nouvelle page. Si on les feuillette on verra ses « autoportraits » : une reproduction de son visage ou de celui de Rimbaud dans lequel Troy voit son propre visage ; des séries de cÅ“urs, ses déclarations d’amour ; des séries de villes, les jungles urbaines qui l’avaient tant fasciné et terrorisé quand il était plus jeune.

Depuis quelques temps Troy aime travailler sur altuglas, une technique qui ne laisse aucune marge à l’erreur. Il peint à l’inverse sur une surface en plexi et une fois de plus nous étonne par la justesse du trait, l’à-propos des mots, la maîtrise des chromies. L’altuglas est un support fragile et transparent, comme Troy. Fragile parce qu’il est sensible, transparent parce qu’il ne peut pas cacher ses sentiments.
Son galeriste et ami Eric Landau aime dire que « tout le potentiel de Troy est devant ». On veut bien le croire : il n’y a que Troy pour transformer en couleur le gris de l’existence.


Bio.

Troy est né à New Bedford (Massachussetts). Dès l’adolescence il suit son père sur des bateaux de pêche, une activité qu’il poursuivra jusqu’à l’âge de 28 ans. Il s’installe à Boston et commence à peindre. Dès le début son travail est remarqué et sélectionné par le jury de la Copley Society (la plus ancienne association de galeries des USA). Il commence à exposer dans des cafés et des appartements et monte aussi son premier groupe de rock expérimental. A cette époque il rencontre Helen Frankenthaler, la célèbre peintre tachiste de l’Ecole de New York, qui l’encourage et le conseille. En 98 il achète un aller simple pour Paris, où il s’installe. Il y mène une vie de bohème, en montrant ses tableaux dans les rues, en dormant chez des amis et, parfois, chez des collectionneurs qui ont vu tout de suite son potentiel et veulent l’aider. C’est à la galerie W que Troy trouve un nouvel ami et mentor en Eric Landau et y monte sa première exposition en 99. Depuis il est artiste permanent de la galerie, où il expose régulièrement ses nouvelles Å“uvres. Fidèle à son amour pour le rock, il a produit un disque et organisé une mémorable performance à la Galerie W lors d’une nuit de pleine lune en juillet 2009. Récemment on a pu voir ses Å“uvres dans les loges de l’Olympia et dans le studio d’enregistrement d’Arthur H. En octobre dernier, dans le cadre d’une commande spéciale, Troy a réalisé une performance à la station de métro Saint Augustin : pendant douze heures il a transformé toutes les affiches sur les quais en Å“uvres originales.

   

Gratuit

du 20 mai au 18 juin / A partir du 25 : ouverture du mercredi au samedi de 10:00 à 18:00 / le dimanche de 14:00 à 18:00